Rendez-vous au garage

Posted: août 18, 2010 in Uncategorized
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Crecy-sur-Marne, banlieue prospère et tranquille, enfilait sa burqa de nuit. La grille sombre qui protégeait la résidence moderne de la famille Saver, laissait à peine entrevoir les nuances de gris et de bleu du ciel et de l’asphalte. La Ford Ka  jaune, riante de jour, n’était plus qu’une masse obscure et inquiétante. Jean-Cri s’y engouffra péniblement. Il était engoncé dans un lourd blouson aviateur, seul vêtement qu’il trouvait adapté à la circonstance. Sa grande taille lui permettait à peine de maintenir la tête à la verticale dans l’étroit véhicule. Il fit pivoter le bouton des phares, le décor de la façade s’illumina pendant le court laps de temps d’une marche arrière. Quelques pots de bégonias touffus formaient une perruque de clown au seuil du garage, les écuelles bleues schtroumphs des chats se mirent à loucher, comme les yeux d’un siamois, à mesure que la ford Ka reculait. Un chêne anorexique fit une brève apparition dans le faisceau lumineux, et la voiture s’engagea promptement vers le rendez-vous fixé comme une punaise sur un calendrier en carton.

Impression

Posted: août 16, 2010 in Uncategorized
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Quelques secondes plus tard, un petit bonhomme vert surgit de nul part pour signaler sa présence dans la liste des contacts virtuels.

-  Salut Gadou, lol, ça va ?

- Ouais cool, en fait je suis pressé là, mais pour ton affaire d’arme, ben c’est nickel, j’ai tout ce qui faut, j’ai un colt si tu veux…

-C’est cool, lol …

- Je t’envoie par mail un plan du magasin pour que tu voies un peu par toi même, faut essayer avant d’acheter, lol.

Ce Gadou tombait du ciel comme un aircraft… Mais pourquoi avait-il eu envie d’arrêter tout ? Il avait 28 ans, une bonne copine à qui il se confiait. Il habitait chez ses parents dont la fortune, à défaut d’être inestimable, n’en n’était pas moins confortable.

Il se contempla dans un miroir, vêtu de son costume gris anthracite, il s’imagina à la tête d’une grande entreprise. Il aimait l’argent, mais ne savait comment en gagner. Son stage chez Peugeot, comme consultant informatique, arrivait à son terme. Il avait bien songé pirater le site par dépit, ayant accès à tous les système de sécurité. Dépourvu d’un sens moral très développé, il préfèrait tout de même obéir au meilleur conseiller en communication qui soit : la peur.

Parfois, il éprouvait l’impression que quelque chose le distinguait de ses semblables. Une forme d’appartenance à une aristocratie en devenir lui conférait une immense confiance en lui. Il était loin d’imaginer que des millions d’individus éprouvaient ce même sentiment, y compris dans les strates les plus basses de l’édifice social. A d’autres moments, il constatait que cette construction intellectuelle fragile, se laissait envahir par un torrent de doutes qui inondait son esprit poreux. Dans ces moments là, Jean-Cri était impuissant à  sauver la minuscule digue qui lui rendait l’idée de l’avenir supportable.

No life ( roman)

Posted: août 14, 2010 in Uncategorized

Jean-Cri se connecta, rester connecté est un besoin vital. Dehors, c’était la vraie vie… Lui ne pensait qu’à en finir. Depuis une semaine cette idée le traversait comme une balle. Il avait fini par atterrir sur un chat public. Comme les pissotières, le principe du chat public consiste à se soulager rapidement en déversant des giclées de phrases impropres. On ne se voit pas, mais on s’observe du coin de l’œil…
Il lança un message dans la mer bleu web de l’écran Windows.
Jean-Cri dit “je veux en finir avec la vraie vie”
Garou dit ” tu as pensé à une arme ?”
Jean-Cri dit “bah je connais pas les armes, et puis je suis maladroit, je serais capable de me louper ! lol !”
Garou dit “lol ! Tu as MSN ? “
Voilà la phrase magique du net, le sésame qui permet l’accès au néant où flottent des millions de martiens aux étranges pseudonymes. Ils naviguent sur MSN comme dans l’espace, en passant d’une station orbitale à une autre. La webcam s’ouvre parfois sur de nouveaux visages dont ils ne toucheront jamais la chair…
Jean-Cri transmit son adresse de l’espace sans la moindre hésitation.
C’était un jeune homme de vingt-cinq ans, qui en paraissait à peine quinze. Un brushing volumineux surplombait un visage avenant composé d’un nez grec, encadré de pommettes saillantes. Les yeux bleus en amande se plissaient pour suivre le mouvement de lèvres mollement ourlées. Plusieurs photos sur lesquelles pose Jean-Cri, m’ont permis de tracer les contours d’un visage dont l’expression la plus apparente est la candeur.

Pas toucher bébé !

Posted: août 14, 2010 in Uncategorized

On était à l’étroit dans ce bus 45 qui filait vers Austerlitz. La chinoise a regardé l’arabe fixement, puis a lâché ” pas toucher bébé !”. L’arabe a retiré son index plié, le sourire jovial s’est soudain crispé en un rictus de peur effrayant.
La docilité avec laquelle il avait obéi au courroux asiatique me fit frémir.
Un homme d’une cinquantaine d’années prit la défense de l’arabe, ou, du moins, il reprocha à la chinoise d’encombrer les couloirs de bus avec sa poussette pendant les heures de pointe. Personne d’autre dans le bus n’avait osé s’en prendre à la chinoise fulminante.
Ainsi, nous fumes tous soulagés qu’une injustice fût réparée grâce à la hardiesse d’un seul. Nous acquiescions intérieurement, et certains poussèrent la témérité jusqu’à opiner du chef timidement.
Nous portions en nous cette lâcheté grise et pétrifiante. C’était comme un troisième œil au plexus solaire, une franc maçonnerie des couards, chacun se reconnaissait d’un simple coup d’oeil dans le vide… La victime, elle-même, n’en était pas exempte, un moustachu fébrile aux faux airs de sosie de Saddam Hussein…